Mardi 7 juillet 2009
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Pourquoi avons-nous la rage ? Est-ce, comme le prétend Sarkozy et sa
clique de ministres, une tare acquise dans notre tendre enfance qu'il faut traiter avec des médocs ? Est-ce un supposé problème psychologique, psychique ou psychiatrique que notre esprit renferme
et que les médecins-apprentis sorciers cherchent pour l'éliminer de notre cerveau ? Non tout bébé nous n'étions pas les monstres que décrivent l'Etat et ces médias en les appelants "terroristes
anarcho-autonomes", "casseurs", "racailles", "vandales", "saboteurs" et nous en passons. Non ce n'est pas à la crèche et la maternelle que nous avons appris à descendre des vitrines, à fabriquer
des cocktails molotov, à nous défendre contre l'Etat. Non, notre rage est une chose que ce monde nous a mise au ventre et qui refuse de nous quitter.
Mais
d'abord qui sommes-nous : nous sommes la jeunesse qui lutte contre ce monde et cette société, nous sommes les émeutiers des banlieues, nous sommes tous les militants qui veulent changer le monde
pour le rendre meilleur (anars, communistes, quelque soit les appellations que nous nous donnons ), nous sommes les manifestants qui affrontent la police (membre d'un Black Bloc, jeunes
enragés…), nous sommes tous ceux qui ont la rage contre ce système, nous sommes vos fils, filles, frères, sœurs…
Notre rage est bien une chose que ce monde à réussi à nous inculquer. A
force de vexations, d'injustices et de mépris celle-ci s'est accumulée jusqu'à déborder lors d'événements et ce que ce soit voulu ou non : bagarres, séquestrations, affrontements, destructions
(de véhicules, de bâtiments, de symboles, de vitrines), émeutes, soulèvements… Tout ces noms incluent chacune de nos explosions de colère : de la baston avec des keufs aux manifs et autres
rassemblements qui deviennent incontrôlables un moment pour l'Etat et ses laquais (rappelez-vous la manif anti-OTAN qui ne se passa pas du tout comme les assos l'avait prévue). Et chacun de ces
faits sont autant d'occasions pour nous de nous défouler et de se faire entendre, qu'enfin la pression de la chaudière s'échappe et fasse mal à tous ce que nous haïssions. A ces moments gueuler,
tendre un doigt aux keufs ne suffit plus, n'apaise plus notre feu intérieur, c'est simplement la mort de l'ennemi que nous voulons, la mort du garde mobile qui se fait le chien de garde de
l'Etat, la mort des patrons, la morts des politicards méprisants et hautains, la mort de ce système qui nous débecte.
Et après
chacune de ces explosions vous posez alors les questions habituelles : mais pourquoi cette violence ? Pourquoi cette colère ? Ne sont-ils pas heureux en cette riche démocratie ? Mais que
veulent-ils ? En général ceux qui répondent à ces questions ne sont pas ceux qui ont participé aux événements, ce seront les sociologues, les journaleux, les "spécialistes" des questions de
société qui répondront lors des tables rondes organisées par les médias. Alors au lieu d'écouter ces connards écoutez plutôt ceux qui ont vraiment quelque chose à dire.
Non nous
ne sommes pas heureux en démocratie, d'ailleurs nous n'appelons pas le système actuel "démocratie" mais "Etat policier". Que penser de politiques se revendiquant populistes et soucieux de notre
bien-être qui nous étouffent sous des lois et des décrets toujours plus oppressants[i]
quand ils sont élus, qui envoient leurs troupes contre le prolo moyen dès qu'il manifeste des signes de ras-le-bol2, qui enferment tous
ceux qui refusent de vivre comme l'Etat le veut3 ? Sachant aussi que le droit de vote c'est une fois tous les cinq ans et qu'après c'est
ferme ta gueule alors la démocratie nous on chie dessus.
Et
pourquoi cette violence ? Cette violence que votre chère télé met toujours en avant pendant le JT pour vous effrayer et ce, faisant le jeu du pouvoir. Avez-vous déjà pensé que la violence est la
seule chose qui nous reste pour nous exprimer contre cette société ? Avez-vous déjà pensé que nous n'avions plus rien à perdre et que notre rage tient de l'instinct de survie (sortir ses griffes
est humain, c'est notre part animale enfoui en nous, si vous la reniez nous nous l'acceptons et l'utilisons) ? Avez-vous réfléchi à l'impact qu'ont les luttes non-violentes (faible) par rapport à
celles violentes (un peu plus fort) ? Oh nous vous voyons venir, vous allez nous sortir le vieil argument : "tu donne une mauvaise image aux médias, arrête les décideurs/dirigeants vont refuser
de t'écouter", mais bordel ouvrez les yeux ! Si l'Etat t'écoute c'est qu'il le veut bien ! En fin de compte il est le seul décideur et si vous vous en remettez à sa miséricorde et sa pitié
(sentiments qu'il n'a pas) vous n'obtiendrez que des clopinettes (ou rien). Donc faites-vous au fait que la casse et la baston sont inévitables, si vous voulez ne pas y participer d'accord, mais
ne venez pas jouer les moralistes, les donneurs de leçons voire pire, les aides de la police4 !
Encore
une question : pourquoi cette colère ? Celle-là est causée par tout ce que nous avons vécu et dû avaler : aller à l'école, devoir choisir une filière, des études puis aller travailler pendant
plus de 40 ans pour un salaire de merde, avoir une vie de merde, au final finir sa vie avec une retraite misérable dans un mouroir pour vieux. Combien ont envie de bosser quand ils voient leurs
parents rentrer du turbin fatigués, cassés par une journée de peine à produire le plus souvent des trucs inutiles et sans intérêt immédiat. Une colère causée par toutes les injustices que nous
endurons sans rien dire, par le mépris et l'arrogance de toutes ces ordures au pouvoir. Une rage engendrée par une justice de classe5, par une police avec tous les
pouvoirs qui multiplie les assassinats et les arrestations arbitraires6.
Alors que
voulons-nous ? A question courte réponse longue : nous voulons tout et rien, nous voulons ne plus vivre dans ce monde inhumain, nous ne voulons que la vie dans le bonheur simple débarrassé de
tout le confort moderne inutile : plus de télé et de radio pour nous abrutir, plus d'HLM parc à moutons, plus de béton, nous voulons vivre libre hors des contraintes des diktats et des lois, nous
voulons juste pouvoir enfin jouir pleinement de nos existences… Et c'est parce que nous voulons vivre selon ces envies humaines et rationnelles que
nous en avons assez de ce monde.
Pour
conclure nous vous disons que nous serons toujours présents dans toute société, que ça vous plaise ou non, jamais vous ne nous éliminerez totalement, il y aura sans cesse quelqu'un qui aura la
rage au ventre et l'envie que ça change, que la société explose en une apothéose d'où ressortira un monde nouveau à notre image.
‹‹L'Etat
a besoin de toi. Tu n'as pas besoin de lui.››7
[i] Pour s'en assurer il suffit de voir le nombre de
lois répressives qui voient le jour : loi anti-cagoules, loi sur les bandes, loi contre les blocages des lycées et des facs…
2 Cette phrase renvoie aux
propos de Alliot-Marie dans la presse qui a réclamé des sanctions contre les salariés de Continental ayant participé au saccage d'une sous-préfecture.
3 Le meilleur exemple
récent est l'affaire des lignes SNCF sabotées et des arrestations de Coupat et ses amis (sans preuves) qui ont suivi.
4 Lors du sommet de l'OMC à
Seattle en 1999 des responsables d'orgas pacifistes déclarèrent : "Nous sommes ici en train de protéger Nike, McDonald's, Gap et tout le reste, où est la police ? Ces anarchistes devraient
être arrêtés." (Medea Benjamin leader de Global Exchange) ou "La coordination des organisations participantes doit à l'avenir préparer encore plus les manifestants à immobiliser et livrer à
la police tout ‹‹hooligan›› indésirable." (Ole Fjord Larsen, membre de United People).
5 Pour un meurtre avec
préméditation : 20 ans pour le citoyen lambda, 5 pour le flic ou le bourge avec des appuis, sans commentaire…
6 Dernier exemple en date,
la mort de Alexandros Grigoropoulos tué par un keuf à Athènes le 6 décembre 2009, étincelle qui déclencha les émeutes les plus dures dans ce pays depuis 1965.
7 Phrase taggé sur le mur
de la douane du pont de l’Europe lors de la manifestation anti-OTAN du 04/04/2009…douane qui brûla entièrement peu de temps après.